Les premiers Libanais en Côte d’Ivoire

Chicha, chawarma et restaurants de luxes dans divers quartiers d’abidjan sont les idées préconçues qui nous viennent en tête dès que les libanais sont mentionnées dans nos conversations quotidiennes. C’est pour aller bien au-delà de ses stéréotypes que L’idée d’écrire sur ce sujet nous est venue.

Pierre Kipré est le nom qui nous a été sollicité à plusieurs reprises lors de notre revue littéraire. Cet universitaire et professeur d’histoire ivoirien a beaucoup traité les questions de migrations en Côte d’Ivoire notamment dans son ouvrage intitulé Côte d’Ivoire : La formation d’un Peuple. Ses publications nous ont permis d’avoir plusieurs réponses à nos interrogations sur l’arrivée des libanais en Côte d’Ivoire. D’ailleurs à page 72 de son étude, il répond clairement à notre problématique à savoir : qui sont les premiers libanais installés en Côte d’Ivoire ? Question que nous tenteront de répondre à travers ces lignes. 

Berceau de l’humanité, la Côte d’Ivoire est l’une des principales terres d’accueil des Libanais en Afrique de l’Ouest depuis le début du XXe siècle. Aujourd’hui, on remarque que ce peuple occupe une place importante en Côte d’Ivoire. Sans toutefois renier leurs origines, ceux-ci ont adopté ce pays comme le leur, au point de les considérer comme faisant partie de la soixante d’ethnies vivants en Côte d’Ivoire.

Origine de l’immigration libanaise en Côte d’Ivoire 

Pour se plonger dans le contexte historique, il est important d’indiquer, au préalable, que la migration générale des libanais partout dans le monde remonte à l’occupation du pays par l’empire ottoman en 1860. Cet empire s’est accaparé de toutes les richesses économiques du Liban. La liberté des citoyens libanais était confisquée. Face toutes ces difficultés, ces Libanais et Syriens émigrent de leur terre à la recherche du bien être. Nous confère en substance Khodr HEKMAT à la page 256 de son livre Le Liban en Côte d’Ivoire.

En plus, la grande famine de la première Guerre mondiale (1914-1918), a poussé une large fraction de la population libanaise à prendre le chemin de l’exil. Certains ont pris la route de l’occident ou du vieux-continent pendant que d’autres ont préférés l’Afrique occidentale où ils sont aujourd’hui, de plus en plus nombreux.

Mais bien avant, une bonne partie avait déjà devancer les siens dans les années 1890, encouragés par les promesses économiques de la nouvelle colonie qu’est la Côte d’ivoire. Il faut dire que des ressortissants libanais qui étaient exilés en France ont rejoint le projet colonial de la Côte d’Ivoire à ses débuts. Ils jouaient le rôle d’intermédiaires entre les grandes compagnies européennes installées sur la côte et les paysans africains de l’intérieur.

A leur arrivée en 1890, les premiers libanais se sont installés dans la ville de Grand-Bassam, ville coloniale et première capitale de la Côte d’Ivoire, en laissant derrière eux leur pays d’origine à 8 117,9 km du nouvel eldorado. Néanmoins, ce n’est des années plus tard, à partir de 1930 que l’on remarqua une arrivée massive de la communauté libanaise en Côte d’Ivoire. Le chercheur Pierre Kipré évoque les raisons de cette immigration dans son ouvrage indiqué en amont :

« Pour la seule année 1932, les travailleurs voltaïques envoyés de force en Côte d’Ivoire pour la réalisation du chemin de fer et d’autres travaux, étaient estimés à 5000 personnes. A côté de ces ressortissants ouest africains, il y a la colonie venue du Moyen-Orient. Ce sont les ressortissants du Liban et de la Syrie. Leur migration en Afrique en général, en Côte d’Ivoire en particulier se confond avec le début de l’entreprise coloniale européenne. »

Au-delà de Grand Bassam et vive l’histoire d’amour qui nous lie

Hormis Grand-Bassam, ces derniers se sont également installés, dans une dizaine de villes, à l’exception d’Abidjan (actuelle capitale économique). A cette époque, le district d’Abidjan ne représentait pas encore une ville propice aux échanges commerciaux. Leur présence revêtait un caractère œcuménique puisque les familles pionnières les plus connues se répartissaient entre chrétiens originaires du Mont-Liban et musulmans originaires du Sud-Liban, comme en témoigne la déclinaison des patronymes : Abinader, Aboujaoudé, Achkar, Assaf, Awad et bien d’autres. 

Le président de la république de Côte d’Ivoire et Michel Sleiman, alors président du Liban lors d’une rencontre à Abidjan

Profondément encrés dans le système social ivoirien, les libanais sont plus de 100 000 en Côte d’Ivoire. Ils sont fièrement attachés à l’histoire et à l’économie du pays. Ils contribuent activement et largement la croissance économique et au développement local. D’ailleurs, un article paru dans jeuneafrique.com mentionne que les activités s’estiment à 15% des recettes fiscales. Sur le plan culturel, ce sont de grands mécènes qui participent au rayonnement du patrimoine culturel et touristique. 

Article écrit avec Grâce Djazé

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