Ebeb : la célébration des patriarches en pays Adjoukrou

En pays Adjoukrou, le passage d’une tranche d’âge à une autre est célébré . Ces festivités annoncent un nouveau statut dans la société, de nouveaux pouvoirs et de nouvelles responsabilités pour les personnes . Et comme un jeu de mot , Ebeb est celle qui célèbre les patriarches qu’on appelle Ebubu. Le 19 Décembre dernier elle eut lieu à Lopou village de Dabou.

Pourquoi célèbre t’on l’Ebeb?

Au 17ème siècle le peuple Adjoukrou installé à Cosrou se retrouve dans une bataille contre leur voisin. Le chef Adjourkrou Akmétché Yro est tué au cours de celle ci. Pour le venger, sa soeur Akmétché Lock s’allie aux autres villages pour combattre les coupables et remporte la bataille. Après la victoire, elle offre un boeuf à ses alliées dont les aînés d’Armébé exigent d’avoir certaines parties de l’animal notamment la hanche et la mandibule.

Ceci étant l’origine de la fête de l’Ebeb qui signifie la prise du pouvoir. Ce pouvoir est géré pendant une période de huit ans non renouvelable par un ensemble de personnes liées par l’appartenance à une même classe d’âge, précisément dès les 60 ans. La première fête de l’Ebeb eu lieu au dix-neuvième siècle précisément en 1834. L’expression Ebeb en Adjoukrou designe le village, la terre; c’est la fête. Eb, la racine, désigne la culture et la société. Et ebebu veut dire propriétaire de terre. Dès son institution par le village de Armébé, les autres villages Adjoukrou voyant sont impact, vont l’emprunter et le fonder comme moyen de légitimation du pouvoir exécutif.

Pendant les huit années que dure l’exercice du pouvoir politique des Ebebu , ils ont pleine autorité sur toutes les décisions qui engagent le village: ils détiennent le pouvoir suprême. La fête de l’Ebeb se fait en trois étapes: l’étape de la consécration des Ebebus, l’étape du défilé ou le yoro-oubaure, et l’étape de l’adisséhi des Ebebu.

La première étape: la consécration des Ebebus

C’est le rassemblement simultané des futurs Ebubu dans leurs quartiers respectifs sous l’arbre à palabre . Et sous l’exigence des Ebebus sortants, les futurs Ebebus remettent à chacun une bouteille de liqueur et une somme de cent francs. Ceci symbolisant l’achat pendant une période de huit ans la terre «eb» et le pouvoir suprême. Lors de ce rassemblement, les Ebebus sortant passent le flambeau en imposant du kaolin pétri sur le front de leur successeur et l’appliquent également sur le bras gauche. Ce premier acte marque le départ des festivités de l’Ebeb. Les postulants dès lors appelés ebebus, s’habillent de grands pagnes blancs avec une chemise blanche, et se parent de bijoux argentés durant une semaine. Durant cette période ils font le tour du village, ils rendent visite aux familles et ils se promènent dans tout le village.

La deuxième étape: le défilé ou le yoro-oubaure

Les ebebus quittent les vêtements blancs et les parures en argent pour se revêtir de grands pagnes kita, d’anneaux et de chaînes en or. Une façon d’exposer la richesse familiale.
Ils font le tour des quartiers sous des chants et des danses. Le premier sens attribué à ce défilé, est une visite du domaine de compétence des Ebebus, la reconnaissance des limites de leur pouvoir qu’ils ne peuvent exercer que dans leur village. Ainsi, ils se présentent à la communauté comme étant les nouveaux élus qui gouvernent pour sa gloire.

La troisième étape: l’étape de l’adisséhi des Ebebus

C’est l’apothéose du sacre des Ebebus. Tous les nouveaux Ebebus du village se réunissent sur la place publique centrale, sous l’arbre à palabre . Là, l’un d’entre eux, reçoit de façon symbolique du milow des Ebebus sortant, une canne et un chasse-mouche. Il lui met un chapeau après l’avoir coiffé, et il l’habille d’un grand pagne . La canne signifie le bâton de commandement, le bâton du berger qui doit orienter et rassembler tous les membres de la communauté. Elle est symbole de stabilité, une source de motivation quand la faiblesse physique et l’indécision font surface. Ce qui suppose un sens de la sagesse et du devoir dont le chasse-mouche en est le signe.Le chapeau sur la tête rappelle le oint et le chef de la communauté. Le port de nouveaux vêtements signifie la rupture avec l’homme ancien.
Pendant une semaine supplémentaire, les Ebebus qui le désirent et en ont , peuvent encore faire le tour du village, avec des ornements riches.

Les prestiges sociaux liés au rang d’Ebubu

Les Ebubus ainsi que leurs prédécesseurs ont le droit de porter des chapeaux même lors des séances publiques et ne descendent pas leur pagne de l’épaule. Tandis que les non Ebebus sont tenus de garder la tête naturelle et de ramener le pagne qu’ils portent au niveau de la ceinture.
Toutes séances de prise de décision, toutes rencontres dans le village sont présidées absolument par les Ebebus. Ce sont eux qui ouvrent solennellement les séances et les ferment. Notamment, ils ne sont pas soumis à des cotisations, et ne vont pas en guerre. En plus de cela, ils jouissent pendant l’exercice de leur pouvoir d’une immunité quelque soit la faute commise. Au plan économique, la communauté s’organise pour subvenir à leurs besoins.

Le peuple Adjoukrou, à travers l’Ebeb couvre de laurier les vieilles personnes. La première palme qu’elle offre aux personnes âgées, est la plus haute et honorifique fonction de gouvernant (Ebebu). De même, tous les attributs du pouvoir: le kaolin, la canne, le chasse-mouche et le chapeau, tendent à un culte de la personne âgée puisqu’ils se réfèrent au champ sémantique religieux.

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