L’influence des masques ivoiriens dans l’oeuvre de Pablo Picasso

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Contrairement à ce que pensent certains, le célèbre peintre espagnol Pablo Picasso ne s’est jamais rendu en Afrique. Il possédait en revanche une importante collection personnelle de masques africains, provenant de l’Afrique de l’ouest.

En 2006, une très grande exposition avait réuni en Afrique du Sud, au musée national Iziko (Situé au Cap), des toiles de cet illustre disparu. C’était la première fois d’ailleurs que ses tableaux étaient exposés sur le sol africain. Des précisions sur la relation qui existe entre Picasso et l’art africain ont été faites à cette occasion, et on peut encore les trouver sur le site de l’institution. En clair, Picasso a été fortement inspiré par la culture africaine et ivoirienne en particulier.

Masque Krou – Lyon, Musée Africain, vitrine III,25 (MA 116.940.001), cliché G. Sagnol

Pour Picasso, les masques africains étaient incontestablement de l’art 

A l’époque coloniale, les objets africains étaient considérés par les colons comme des curiosités et non comme de l’art comme le pensait Picasso. Ces derniers ont eu une grande influence sur son travail surtout, dans la conception des ses œuvres cubistes. En effet, l’artiste espagnol faisait appel aux sources primitives avec des reconstructions géométriques semblables à différents masques de formes cubistes. Ce genre de masque se retrouvent au sud ouest de la Côte d’Ivoire, dans la région du Sassandra.

Même si leur origine fait encore aujourd’hui débat et reste mystérieuse, plusieurs sources s’accordent à dire que ces masques à la forme cubiste proviennent de la région côtière de la Côte d’Ivoire. Nous faisons donc allusion aux Kroumens, Godiè, Bakwé, Alladian ou encore aux Ne-Yo. Le masque Krou est l’un des rares masques ivoiriens à avoir survécu à de nombreux tumultes. Ils ont malheureusement presque disparu de la région, suite à plusieurs déportations et persécutions.

Aujourd’hui, certains d’entre eux sont exposés au musée africain de Lyon et d’autres reviennent aux grands conservateurs et collectionneurs d’œuvres d’art comme Picasso. Il aurait détenu un masque Krou que vous pouvez identifier sur un dessin de 1917, accroché à droite au mur de la salle à manger de l’artiste à Montrouge.

Paris, Musée Picasso, dessin à la mine de plomb, reproduit in : William Rubin, 1987 : 305
Pablo Picasso « Salle à manger de l’artiste à Montrouge, 1917 »

Ce masque l’aurait inspiré dans la création de plusieurs œuvres cubistes dont ​«cubiste avant l’heure », comme l’illustre l’image à la une de cet article.

Pablo Picasso avait un goût particulier pour l’art primitif africain. Il reconnaissait leur pouvoir expressif et leur transcendance. Il n’a cessé d’affirmer :

qu’à ses yeux, cet art était un art savant et pas un art primitif au sens vulgaire donné à ce terme.“